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  • George Visser

Docteur Tourville et la Puissance du Cerveau

Updated: Nov 15, 2020

Il était seul au sommet du Mont Sainte-Anne. La vue sur le fleuve était splendide mais rendu-là, il s’en foutait pas mal. Il était exténué de l’effort fourni jusqu’à maintenant et avait seulement envie de retourner vers le confort de son modeste condo à Sainte-Foy. D’ailleurs, c’est de là qu’il est parti avec son vélo de montagne quelques heures avant. ‘’Mais non, pas tout de suite le Loup’’ s’est-il dit en retirant un 20$ de son maillot pour ensuite le dissimuler sous une roche. Éric n’avait pas beaucoup d’argent en 1999. Éric se connaissait bien. Il venait de se tapper l’avenue Royale pour se rendre jusqu’au pied de la montagne et il avait enchainé avec deux montées par la voie d’accès. En laissant un 20$ au sommet, il s’assurait de monter une troisième fois malgré son corps qui lui suppliait de rebrousser chemin. Il n’avait pas le choix; il dépendait de son cash pour se payer un ravitaillement sur le retour.

On possède tous la capacité de développer une passion. À force d’essayer des trucs, on découvre parfois qu’on a un certain talent. Et lorsque passion et talent s’intersectent, ça peut faire des flammèches. On n’a qu’à penser à notre musicien ou artiste préféré, un champion olympique, un scientifique ou un inventeur, un entrepreneur audacieux, un leader inspirant, etc. Chacun à leur façon, ils nous impressionnent et nous inspirent à trouver notre passion-talent. En ce qui me concerne, j’ai découvert au fil des ans des aptitudes pour certaines pratiques qui me passionnent très peu. Cuisiner, faire le ménage ou les animaux de compagnie sont les premiers qui me viennent à l’esprit. On peut bien me dire que j’y suis doué, je n’aurai jamais l’intérêt pour y consacrer suffisamment de temps. À l’opposé, j’ai découvert des passions pour lesquelles je n’étais pas particulièrement talentueux. La menuiserie, le tennis et la neuroscience en sont quelques exemples. J’ai beau y passer un temps fou, je ne deviendrai jamais un expert. Dans le dernier cas, l’intérêt est venu sur le tard et un peu par nécessité : une épreuve de vie m’a incité à mieux comprendre le fonctionnement du cerveau. J’ai donc commencé à lire des articles, à regarder des capsules, à écouter certains experts, etc. Avec ma tête d’ingénieur, je mets en pratique ma capacité de décortiquer, d'analyser, de comprendre et je m’amuse à établir des liens avec différentes expériences de vie.


Près d’un demi-siècle à vivre et explorer m’a permis de rencontrer des centaines de gens impressionnants. Cependant, je peux compter sur les doigts de deux mains le nombre de personnes qui m’ont marqué au point de me transformer. Éric Tourville fait partie de celles-là. Il y en a qui ont une créativité étonnante, d’autres sont dotés d’une intelligence hors normes, quelques-uns ont une vivacité d’esprit et une imagination sans bornes, et certains comme Éric ont une capacité incroyable à se surpasser. Tous possèdent un trait commun : le désir de vivre intensément. La peur ne semble pas être un empêchement dans leurs vies; ils avancent et foncent comme si chaque jour était compté.


On ne devient pas multiple champion canadien d’un sport professionnel en faisant comme les autres. Éric Tourville n’a jamais été comme les autres. Je me rappelle l’avoir aperçu pour la première fois parmi une foule lors de la remise de médailles d’une Coupe du Québec. C’était en 1992. Il était encore junior. Difficile de ne pas le remarquer : au moins six pieds, épaules de défenseur, coupe Longueuil, bandeau sur le front, froc en cuir, t-shirt Heavy Metal, jeans coupés en shorts, jambes velues et godasses blanches. Il avait d’l’air du gars qui devait se rendre à un show de Metallica mais qui s’est perdu en chemin. Disons que je n’osais pas trop m’approcher par peur qu’on pense que je le connaisse. L’année 1993 fut son baptême parmi les sénior élites. À ma grande surprise, le bum de Rimouski a réussi à se tailler une place sur l’équipe du Québec pour les Championnats Canadiens en Colombie-Britannique. Ce fut une course boueuse et interminable. J’étais en bonne forme mais j’ai eu des ennuis mécaniques. Au lieu de me battre pour un podium, je me battais contre le grand Éric pour terminer parmi les 10 premiers. Ce fut pour moi une première révélation de sa force. Par ailleurs, durant les jours qui ont précédé, j’ai pu observer sa nature obsessive. L’équipe partageait un condo près de Penticton. Le nombre de chambres était restreint donc en tant que ti-nouveau de l'équipe, Éric avait de facto remporté la courte paille déterminant qui dormirait sur le divan-lit. Avant même d’avoir déposé son sac, il scrutait la bibliothèque et avait remarqué la boîte d'un casse-tête 1000 morceaux. À chaque nuit, je rentrais dans ma chambre pour me coucher alors que la lumière du salon était bien allumée, éclairant un jeune Tourville déterminé à placer un autre minuscule morceau de plus.


L’année suivante je revenais d’un long printemps à m'entraîner et à participer dans une série de Coupes du Monde en Europe. On était sur la même équipe et j’appréciais de plus en plus Éric malgré nos personnalités largement différentes. Jusque-là je ne le voyais pas comme une grande menace. Cette perception a complètement basculé en 1994 à Rougement. Seul en avant à la mi-course, je m’alignais pour une deuxième victoire en autant de jours. Tout d’un coup j’entends une cacophonie derrière moi. Éric m’avait rattrapé dans une section de parcours qui brassait tellement que j’avais du mal à voir clair. Sans hésiter, il m’a passé dans une descente où il n’y avait aucune ligne alternative - que des grosses roches. Incrédule mais orgueilleux, j’ai tenté de m’accrocher. En prenant les devants, Éric a traversé une rivière en sautant pour atterrir aveuglement en plein milieu. Il a ensuite amorcé la montée cahoteuse suivante sans perdre de vitesse et sans jamais arrêter de pédaler. Lorsque je suis arrivé au niveau de la rivière, il restait très peu d’eau dedans. Il faut comprendre que ça faisait 7 ans que je faisais des courses de vélo de montagne un peu partout dans le monde. À deux reprises je m’étais hissé sur le podium canadien en descente. J’ai donc vu un tas de choses en vélo, mais je n’avais jamais assisté à un tel spectacle. Au lieu de subir les contrecoups d’un sentier rocailleux, c’est lui qui punissait brutalement le parcours comme une bête enragée. Nul besoin de se demander s’il m’a battu. En traversant la ligne d’arrivée je suis allé le féliciter pour sa victoire et sans hésiter je lui ai dit : ‘’Si tu roules comme ça dans quelques semaines et que ton vélo tient le coup, tu vas devenir champion canadien.’’ Je ne sais pas s’il m’a cru sur le moment, mais c’est en plein ce qui est arrivé. À seulement 20 ans, le ti-gars de Rimouski avait battu les meilleurs cyclistes de montagne au pays et portait désormais le maillot du champion canadien. Incroyable.


Éric a répété l’exploit aux Nationaux de 1999. Je m’en rappelle trop bien car c’est moi qui a dû se contenter de la médaille d’argent. À force de se côtoyer, une grande amitié s’est développée. Une grande rivalité aussi. Finalement, c'est une drôle de relation amour-haine qui s’est installée entre nous. On a couru ensemble un peu partout au pays, voyagé pour faire des compés aux États-Unis et on a même passé un hiver à cohabiter et s’entraîner en Australie. Éric est vite devenu le coureur pour qui j’avais le plus de respect, tout en étant celui que je voulais le plus battre car je savais à quel point il s’entraînait fort et était capable de se faire mal. Sans tomber dans la psychologie complexe, je me rappelle par moments d’avoir été extrêmement jaloux de ses performances, et par d’autres d’avoir ressenti une immense gratitude à son égard en reconnaissant que je n’aurais jamais atteint ce niveau n’eut été de lui. Il m’a obligé à repousser mes limites. Un hiver, on était allé faire un camp de vélo au Mexique en compagnie deux autres coureurs élites: Gilles Morneau et Bruno Lafontaine. Trois semaines d’entraînement rigoureux. Au dernier jour, on avait fait une simulation de course sur un parcours affreusement escarpé. On grimpait en empruntant un sentier de chèvres pendant environ 20 minutes et on redescendait par une rivière desséchée. On s’était mis d’accord que la course durerait 4 tours. À la mi-course, Gilles et Bruno avaient abandonné, indiquant que la descente était beaucoup trop dangereuse et qu’ils n’avaient aucunement l’intention de retourner au Québec dans un cercueil. Malgré leur exemple de sagesse, Éric et moi avions continué. J’ai mené pendant toute la course et à chaque montée, je creusais l’écart sur mon seul et unique poursuivant. À chaque descente, je l’entendais me rattraper. Au dernier tour, j’ai tout donné dans la montée afin de créer un coussin suffisamment confortable avant d’entamer la descente ravineuse. C’était peine perdue : au bas de celle-ci il m’avait recollé. Ne restait que les 300 mètres plats et asphaltés traversant le petit village de La Cienegà de Gonzalez pour rallier la ligne d’arrivée. Après 100 mètres, on avait amorcé notre sprint. À 200 mètres on était à égalité. À 250 mètres nos vélos se sont accrochés et on s’est retrouvés à glisser à plat ventre au beau milieu du village. Les quelques mexicains présents se demandaient bien ce que deux gringos écorchés faisaient étendus au centre de la route. Certains ont dû rire par après en voyant ces clowns en lycra déchiré tenter de déprendre leurs vélos qui étaient solidement imbriqués ensemble.


Malgré nos batailles épiques, Éric et moi sommes demeurés très bons amis après nos carrières cyclistes. J’apprécie toujours passer du temps avec lui. Son énergie positive et débordante est contagieuse. De plus, il ne cesse jamais de me surprendre. À un moment il s’était mis à la course à pied et réalisait des temps époustouflants. Plus tard il était devenu accro du Crossfit et il enchaînait des exercices impossibles dans son garage reconverti en gym. À un autre moment il parlait l’espagnol; il avait appris par lui-même dans son salon. Lors d’un hiver il s’était entraîné pour tenter de remporter le fameux Pentathlon des Neiges sur les Plaines d’Abraham; objectif qu'il aurait atteint n’eut été d’une raquette brisée. Plus récemment il s’est mis au boxe et il y met près d’une dizaine d’heures par semaine. J’ai pu le voir en action; je n’oserais jamais me retrouver dans le même ring que lui. J'arrive à l'aspect le plus impressionnant: Éric a complété ses études en médecine à même sa carrière en vélo. Sans blagues. Spécialisation ophtalmologie et sur-spécialisation pour devenir rétinologue. Il est reconnu comme étant un des plus grands de son domaine. Docteur Tourville reçoit entre 50 à 80 clients à sa clinique par jour et chacun d’eux dépend de ses interventions pour avoir une bonne santé visuelle, ou carrément voir. Un être phénoménal. Un cerveau fascinant qui ne cesse de franchir des barrières.





De zéro à 25 ans, le cerveau est extrêmement malléable et ce, d’une façon presque passive. Il s’ajuste presque automatiquement à son environnement. Lorsqu’un enfant est exposé à des stimuli, son cerveau emmagasine l’information et rapidement il s’adapte. C’est pour cela qu’enfant peut facilement apprendre plusieurs langues sans même avoir d’accent. Ronnie Yung, un des meilleurs amis de mon fils, n'a que 8 ans et maîtrise déjà cinq langues. Il faut mentionner que son père est un passionné du multilinguisme et qu’il a instauré un environnement familial qui facilite le développement de cette capacité. Quand on rentre chez eux, on se croirait aux Nations Unies : les enfants parlent mandarin avec leur père, japonais avec leur mère, français avec les amis d’école, anglais avec nanny no 1 et espagnol avec nanny no 2 (c’est une grande famille). Impressionnant. On sait qu’apprendre une nouvelle langue à l’âge adulte est déjà très difficile car ça requiert une grande discipline. Ronnie n’est donc qu’un exemple parmi tant d’autres démontrant qu’un jeune cerveau a une grande capacité à être formé très tôt. Rendu à l’âge adulte, le cerveau tend plutôt à agir de manière automatisée et se résout à simplement mettre en application ses apprentissages via des circuits préalablement établis. Alors comment explique-t ’on le phénomène Tourville? Il s’avère que la capacité d’un cerveau de se modifier, soit la neuroplasticité, demeure néanmoins possible chez un adulte. Mais pour y parvenir, il faut qu’il y ait une emphase appliquée sur un exercice perceptible. En d’autres mots, si un adulte désire transformer son cerveau d’une certaine façon (e.g. en développant une habileté quelconque, en apprenant une nouvelle langue, ou en changeant une habitude bien incrustée), il faut qu’il ou elle se concentre intensément sur l’apprentissage en question.

D’accord, vous allez me dire qu'il n'y a rien de nouveau dans tout ça. En effet, c’est une observation que tout adulte peut facilement faire, surtout s’il élève un enfant. Cependant, ce qui est moins évident, c’est de comprendre le mécanisme qui permet la neuroplasticité. Lorsqu’on se concentre sur un nouvel apprentissage, une réaction chimique à la base du cerveau est engendrée impliquant un neurotransmetteur qui s’appelle l’acétylcholine. En se concentrant intensément, l’acétylcholine est libérée vers les neurones qui sont spécifiquement liées à la réalisation de la tâche en question. De plus, les recherches ont démontré que la modification même des neurones et donc l’adaptation du cerveau ne s’exécute que durant le sommeil subséquent. Par conséquent, lorsqu’un adulte cherche à développer davantage son cerveau, la méthode de base pour y parvenir consiste à se concentrer intensément et d’enchaîner avec un repos de qualité.


Ce n’est pas tout : il existe certains moyens qui permettent d’optimiser le processus de neuroplasticité. Un d’eux serait d’y introduire un sentiment d’urgence. En ajoutant ce dernier, que ce soit par la pression, la peur ou par un enthousiasme démesuré, le cerveau va secréter un hormone qui s’appelle l’épinéphrine, ou communément appelé l’adrénaline. Ainsi, un cycle va s’établir qui sera alimentée en tandem par l’acétylcholine et l’adrénaline. Non seulement que ce cycle accélère le processus de neuroplasticité, mais le fait de progresser vers le but établi peut engendrer un sentiment croissant d’accomplissement qui implique un autre phénomène neuronal qu’on ne peut négliger : le circuit de récompense.


J’ai souvent été diverti par l’autodérision manifestée chez certains lorsqu’ils me décrivent leur TOC (Trouble Obsessif Compulsif) respectif. En réalité, ces personnes ne souffrent pas d’un TOC puisqu’il s’agit d’un trouble anxieux beaucoup plus sérieux que l’on pense. Ils subissent plutôt un phénomène neurologique tout à fait normal et présent chez tout animal, incluant l’être humain. Ça nous est tous déjà arrivé de procrastiner sur une tâche perçue au départ comme monumentale. Moi le premier. Le ménage du garage, la rénovation d’une pièce de la maison, le rapport d’impôts à compléter, etc. C’est comique lorsqu’on y pense : on remet la tâche en question à plus tard malgré la pression exercée par des facteurs externes. En fait, ce n’est jamais prioritaire jusqu’à temps que ça devienne urgent. .Éventuellement on s’y met, à reculons mais par obligation, découragé par l’ampleur de la corvée devant nous, peut-être même en chignant. Mais on persiste car ça urge. Après un certain temps on réalise que ça avance, et graduellement le découragement devient substitué par l’encouragement. Sans qu’on s’en rende compte, les heures commencent à défiler comme des minutes. Il est rendu tard, notre conjoint(e) nous supplie d’arrêter et de venir se coucher, mais en vain : la tâche qu’on appréhendait depuis tant de semaines est devenue une priorité absolue; plus rien ne peut nous arrêter, surtout lorsqu’on est si près du but.


Vous est-il déjà demandé ce qui venait de se passer dans de telles circonstances? Sommes-nous vraiment la même personne procrastineuse et bougonne d’il n’y a pas si longtemps? Qu’est ce qui a bien pu se produire dans notre cerveau pour arriver à une telle transformation?


Il y a habituellement une période de stress et d’agitation qui précède un exercice exigeant. Tout comme le corps a besoin de se réchauffer avant d’être en mesure de fournir un effort important, le cerveau a besoin de démarrer le mécanisme produisant l’acétylcholine et d’adrénaline avant qu’un engrenage connu sous le nom de circuit de récompense puisse embarquer. Ce processus est la raison pourquoi on se surprend à se sentir soudainement motivés et enthousiastes. Et quel est le produit-clé qui carbure ce circuit de récompense? La dopamine.


Surnommée la molécule du plaisir, la dopamine est un neurotransmetteur qui agit à différentes régions du cerveau. Plusieurs croient que la dopamine est libérée lorsqu’on a réussi une performance ou lorsqu'on a atteint notre objectif. Ce n’est pas faux, mais c’est plus encore : la dopamine est produite tout au long du parcours à mesure qu’on franchit des étapes. Bref, elle se manifeste lorsqu’on a l’impression de se diriger vers l’objectif préalablement établi. De plus, quand le circuit de récompense est enclenché, il réduit la sécrétion de l’adrénaline afin de permettre une meilleure concentration sur la tâche à accomplir. Un athlète ou un artiste peut relater ce moment où il était dans ‘’la zone’’ : les yeux rivés sur l’objectif, le contrôle parfait des mouvements, le sentiment de légèreté et d’invincibilité, rien ne peut les atteindre. Un état de grâce, si l’on veut. Un état que, lorsqu’on y a goûté une fois, on veut le revivre constamment par après.


Ça, c’est l’angle fonctionnel de la dopamine. Il y a aussi l'angle dysfonctionnel qu'on peu deviner puisqu'elle joue un rôle crucial au niveau des dépendances néfastes telles l'alcool, les drogues, les jeux, etc. ). En d’autres mots, son potentiel peut être tout autant dangereux que bénéfique. Mais bon, sans vouloir le diminuer, c’est un sujet à part. Pour revenir à ma petite réalité, c’est plutôt encourageant pour un quasi-quinquagénaire de savoir que la neuroplasticité est toujours à sa portée. La convergence de l’acétylcholine, de l’adrénaline et de la dopamine peut être un outil très puissant lorsqu’on l’utilise à bon escient. Ce qu’il faut se rappeler, c’est que chaque apprentissage requiert une période initiale d’adaptation, un démarrage ardu, un moment où l’on doit sortir de sa zone de confort. Dès qu’on l’a franchi, la persistance et la progression mèneront à atteindre un momentum ou ce sentiment de ‘’ flow’’ tant recherché. Et finalement, la concentration intense suivie par un repos de qualité permettront la modification neurologique requise pour maîtriser le tout.


Ne me méprenez pas, en écrivant ces lignes je ne prétends pas avoir découvert de quoi de révolutionnaire dans le domaine de la neuroscience. Au contraire, je n’ai qu’abordé quelques notions de base et je n’ai qu’effleuré la surface d’un domaine qui comprend plusieurs couches de complexité. Je ne prétends non plus d’avoir démystifié le phénomène Éric Tourville par mes analyses hypothétiques. La seule valeur que j’ajoute consiste à nourrir ma curiosité en établissant des liens avec des expériences qui m’ont marquées de façon indélébile durant certaines périodes importantes de ma vie.


Quelques années après avoir accroché nos roues respectives, Éric m’a appelé pour m’annoncer qu’il allait passer du temps près de chez moi à Montréal. Il devait effectuer un stage de quelques semaines à l’hôpital Ste-Justine dans le cadre de son externat. Du même coup, et fidèle à lui-même, il a déclaré qu’il s’était mis au tennis. Quel adon, j’aimais beaucoup le tennis. La relation amoureuse qui m’avait transposé de Saint Ferréol-les-Neiges à la grande Ville m’amenait également à passer quelques semaines par année en Floride. J’y consacrais une bonne partie de ce temps à essayer d’améliorer mon jeu sur le court. D'ailleurs, cette relation venait avec plusieurs autres bénéfices collatéraux puisque le père de ma copine était un homme d’affaires accompli et très fortuné. J’ai voyagé à quelques reprises en jet privé et j’ai eu l’opportunité de rencontrer des personnalités connues du monde des affaires québécois dont certains membres de la famille Bombardier-Beaudoin. Laurent Beaudoin était un homme sympathique et chaleureux, un chic type. Lors d’une fête de nouvel an je lui ai mentionné que je me passionnais pour le tennis. En entendant cela, il m’a généreusement offert d’utiliser son court privé en Estrie si jamais l’occasion se présentait. Plusieurs mois plus tard, ladite occasion s’est présentée avec le passage d’Éric et la découverte de cette nouvelle passion commune. On s’est donc rendu au terrain en question. Après avoir traversé la guérite en fer forgé, on a emprunté le chemin sillonnant un domaine au paysagement immaculé. C’était un peu bizarre; il y avait une multitude de statues de personnes ici et là qui semblaient flâner tel qu’on verrait dans un parc. Malgré les apparences, on était bel et bien seuls. Le match s’était étiré au-delà de deux heures et arrivait au point culminant. C’était un dimanche de canicule. On dégoutait de sueur sous un soleil plombant. À l’encontre de l’étiquette du sport et au risque d’offusquer cette foule inerte, on avait tous les deux retiré nos chandails au début du match. On n’était pas très bons, pour ne pas dire nuls. Il n’y avait rien d’élégant dans notre jeu. On se contentait strictement à placer la balle de l’autre côté en espérant que notre adversaire commettrait la prochaine erreur. Bref, monter au filet était un risque inconcevable. De plus, on était pratiquement au même niveau dans notre nullité. On s’est retrouvé à faire Égalité – Avantage Tourville – Égalité – Avantage Visser à maintes reprises. C’était exténuant. Tout d’un coup un hélicoptère passe près de nous et semble se poser derrière une rangée d’arbres à proximité. Peu importe, le point de match était à portée de main donc c’était hors de question qu’on allait se laisser distraire. Notre fierté respective était en jeu. Quelques instants plus tard, j’aperçois Claire Bombardier et Laurent Beaudoin passer en kart de golf pour se rendre à leur résidence. Je leur fais signe de la main. Ils font pareil, mais avec une certaine hésitation. On a poursuivi la fin du match avec la même intensité comme si de rien n’était. On était revenu à nos vieilles habitudes.


Un peu comme les villageois de La Cienegà de Gonzalez, je suis prêt à parier que Claire et Laurent rient de temps à autre en se rappelant de cette scène bizarre de deux clowns à l’apparence inappropriée en train de s’achever brutalement sur leur court.



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